IEMN, l’ultra haut débit en test mondial pour préparer l’arrivée de la 5G et d’un Wi-Fi boosté

Un potentiel énorme par rapport aux ondes radio classiques

«  Buuut !  » signale le commentateur lors d’un match de foot en direct à la télévision. Mais saviez-vous que la transmission du but arrivait sur vos écrans quelques secondes après l’action réelle dans le stade ?

Des « vrais » directs

Un nouveau système de communication ultra-rapide pourrait changer la donne et vous faire connaître enfin les sensations d’un « vrai » direct. Son nom : le Térahertz, une technologie dont le premier essai mondial en extérieur a eu lieu sur les toits de Dunkerque. «  On cherche à créer une communication sans fil la plus rapide possible, à très courte distance – moins de 700 mètres – et avec une fréquence de 300 GHz. C’est la première démonstration mondiale à cette fréquence et à cette distance », explique Guillaume Ducournau, coordinateur du projet, sur lequel il travaille depuis huit ans, à l’institut d’électronique et microélectronique et nanotechnologies de l’université Lille 1. «  On utilise les ondes térahertz, qui offrent un potentiel énorme par rapport aux ondes radio classiques  ».

Un émetteur avait été installé au troisième étage du bâtiment du remorquage, près de l’hôtel des technologies, et un récepteur (notre photo) sur les toits du laboratoire IRenE, plateforme d’innovation technologique de l’Université du Littoral, située avenue Schumann. «  Il y a vingt ans, c’était de la science-fiction !  », commente Éric Fertein, chercheur au laboratoire de physico-chimie de l’atmosphère de Dunkerque, soutien de l’opération.

Des applications pour la santé, les transports…

Le développement d’un nouveau système de communication ultra-rapide est devenu inévitable dans la perspective de l’arrivée en 2020 de la 5G. «  Aujourd’hui, pour le Wi-Fi, on fonctionne avec une fréquence de 2,4 GHz, ce qui limite le débit. Avec le Térahertz, on est à 300 GHz ! D’ici à 2025, on pourrait ainsi multiplier le débit Wi-Fi par 100 voire 1 000. On passerait au TiFi, en référence aux ondes térahertz  », souligne Guillaume Ducournau. Des transmissions de données ultra-rapides, plus de décalage entre l’action et la retransmission, plus de câbles à tirer pour alimenter les caméras…

Ce qui ouvre le champ à de multiples applications : «  Par exemple, dans les salles de chirurgie, plus besoin de marcher sur des tonnes de câbles pour une opération à distance en direct, illustre Guillaume Ducournau. Un avion qui viendrait se garer à sa porte d’embarquement et qui aurait besoin de télécharger énormément de données, pourrait le faire en quelques secondes. Et que dire des télés qui seraient en flux réel ! C’est une fierté de faire ce premier pas à Dunkerque.  » Le brevet et la commercialisation de la technologie pourraient suivre, d’ici quelques années.

Les télés dans les starting-blocks

Les ondes térahertz pourraient bien changer la vie des diffuseurs télé et de leurs techniciens, notamment lors des grands événements sportifs.

Des kilomètres de câbles

«  Actuellement, pour la retransmission de Roland Garros, on doit tirer dix kilomètres de câbles pour brancher les caméras, trente kilomètres pour la dernière étape du Tour de France à Paris. C’est un travail d’installation énorme, qui dure deux jours. Pour le Tour de France, on laisse même les câbles toute l’année pour éviter d’avoir à les acheminer l’année suivante  », explique Pascal Duquenne, responsable production France 3 basé à Lambersart. L’arrivée du mode de retransmission térahertz, beaucoup plus rapide, «  fera disparaître tous les câbles. Ce sera un gain de temps et d’argent pour les télévisions  ».

À tel point d’ailleurs que les Japonais se sont déjà saisis de la technologie en 2008 lors des Jeux Olympiques de Pékin, mais à une fréquence et à une distance moindre que celles testées à Dunkerque mardi. Les techniciens nippons comptent bien réitérer l’expérience en 2020 pour les Jeux de Tokyo.

A. N. (Extrait de La Voix du Nord,  14 juin 2017)